lundi 23 février 2009

Quatre relectures pour une interview de secrétaire d'Etat

Une sale pratique veut que les membres du gouvernement conditionnent, tel un droit, la parution d'une interview à leur relecture, et/ou celle de leur cabinet.
Une journée de sueur froide commence alors pour le journaliste de presse écrite, qui doit, souvent dans la même journée, 1) réaliser l'interview, 2) filer à sa rédac pour la décrypter (retranscrire les notes du cahier, avec vérification par l'enregistrement sonore en cas de doute et réécriture en français compréhensif des hésitations et contorsions ministérielles), 3) envoyer une copie à la dir'com. En espérant que les éventuelles modifications ne ralongeront pas l'interview (limitée en nombre de signes) et, surtout, ne rendront pas les propos totalement fades.
C'est du sport. Mais, le miracle arrive souvent sur le file du bouclage. Les choses se compliquent quand SarkoFillon impose à leurs secrétaires d'Etat de passer par les cases à la fois ministérielle et Matignone. Ainsi, une interview d'Anne-Marie Idrac, la secrétaire d'Etat au commerce extérieure, récemment parue dans un quotidien national, a fait un marathon record. Après relecture par le dir'com et les conseillers de la secrétaire d'Etat, l'interview a atteri dans le cabinet de Christine Lagarde, la dame de Bercy (le ministère de tutelle),avant de transiter par Matignon, puis d'être lue et "validée" par l'intéressée herself : Idrac. Ca n'aurait pas pu suffire ?

mercredi 21 janvier 2009

L'opposition boutée hors de radio France

Extrait de l'édifiante interview de Jean-Paul Gluzel,le pdg de France Inter sur lepoint.fr (15/01)

Lepoint.fr : France Inter a souvent été critiquée pour être une station trop résolument favorable à la gauche. Pensez-vous avoir réussi à la rééquilibrer ?


J.-P. C. : La nouvelle réglementation* des temps de parole politique mis en place par le CSA a, au moins, un avantage : elle accorde au gouvernement et à la majorité les deux tiers du temps de parole. Donc, par définition, l'opposition est réduite à un tiers.

Explication* : Même hors période électorale, le temps de parole à l'antenne va désormais se partager ainsi : 1/3 gouvernement, 1/3 majorité gouvernementale et 1/3 opposition. Les interventions quotidiennes de Sarkozy, censé incarner une Présidence de la République au dessus des partis, ne sont, elles, pas décomptées. Vue la volubilité de notre omniprésident, le temps d'antenne de la majorité peut donc atteindre facilement 80 % ! Poutine et Berlu font-ils beaucoup mieux ?

lundi 5 janvier 2009

La presse d'aujourdhui, meilleure qu'hier ?

Philippe Madelin, journaliste blogger

La presse est-elle meilleure aujourd’hui qu’hier ? Cette question m’est souvent posée par de jeunes journalistes, à qui je donne des cours.
Franchement, la presse ne me paraît pas pire que “dans mon temps”. Et même plutôt meilleure. Dans les années 1960, les journaux étaient paradoxalement moins nombreux qu’aujourd’hui si on tient compte de la prolifération des périodiques, radios, chaînes de télé, et surtout de l’énorme masse des sites internet.

La présentation autorisée par les techniques graphiques issues des programmes X.Press et autres est incomparable : allez regarder Le Monde de 1960 et celui d’aujourd’hui, vous mesurerez le chemin parcouru. La richesse du contenu n’est pas davantage comparable. Ouvrez le site du New York Times : il vous faudra du temps pour prendre connaissance des seuls grands chapitres dz la page d’accueil. Même les plus petits journaux peuvent étaler une immense gamme d’informations, voire permettre l’accès à leurs archives sur plusieurs années.

Pour autant, la qualité intrinsèque de l’information est-elle meilleure ? Oui, dans la mesure où les journalistes sont mieux formés, plus compétents, capables d’accéder à un plus grand nombre de sources, banques de données, Google, etc. Une gamme qui tend vers l’infini, même s’il faut manier tout ça avec prudence.

Ce cocorico est toutefois assorti de nombreux bémols : une grande partie de la presse est bridée par des conditions financières de plus en plus drastiques, qui limitent l’élaboration de l’information à des schémas stéréotypés. A un formatage strict. Dans une rédaction ordinaire, un journaliste n'a pas toute la liberté de manoeuvre, qu'il désire. Il sait pour qui il travaille. Et à qui il s'adresse. Le pire ennemi est alors moins la censure (sulfureuse lorsqu'elle est dévoilée) mais l'auto-censure.

Même dans les sites internet, où on a pourtant les coudées plus franches,les journalistes jeunes, et moins jeunes, sont trop souvent des pions interchangeables sur un échiquier dont on ne sollicite guère les facultés mentales. On reste trop souvent sur le mode éditorial - voilà ce que je pense - au détriment de l’investigation et de l’explication en profondeur.

En bref : tout devrait contribuer à rendre la presse infiniment meilleure que naguère, mais les contraintes capitalistiques entraînent trop souvent les quotidiens, les hebdomadaires, les mensuels dans les profondeurs de la médiocrité. Et une grande question se pose : quel est l’avenir réel de la Presse papier ? Cette interrogation fondamentale sous tend les débats organisés dans le cadre des Etats généraux de la presse. D’où sont curieusement exclus les journalistes et les lecteurs. Seul semble compter le point de vue des patrons.

En fait, on peut se demander si l’avenir de l’information ne se situe pas dans la perspective d’une … disparition de la presse telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est-à-dire liée au support matériel papier.Dès aujourd’hui une fraction non négligeable de l’information est diffusée hors presse. Par les sites internet et des blogs. On n’a jamais tant écrit pour le public. Même si la plupart présentent des marques d’un amateurisme (l’information, ça s’apprend aussi), ils sont de plus en plus nombreux à atteindre une qualité professionnelle. Et ils sont très lus, surtout par les jeunes, que ne parviennent plus à attirer les journaux papier.