lundi 23 février 2009

Quatre relectures pour une interview de secrétaire d'Etat

Une sale pratique veut que les membres du gouvernement conditionnent, tel un droit, la parution d'une interview à leur relecture, et/ou celle de leur cabinet.
Une journée de sueur froide commence alors pour le journaliste de presse écrite, qui doit, souvent dans la même journée, 1) réaliser l'interview, 2) filer à sa rédac pour la décrypter (retranscrire les notes du cahier, avec vérification par l'enregistrement sonore en cas de doute et réécriture en français compréhensif des hésitations et contorsions ministérielles), 3) envoyer une copie à la dir'com. En espérant que les éventuelles modifications ne ralongeront pas l'interview (limitée en nombre de signes) et, surtout, ne rendront pas les propos totalement fades.
C'est du sport. Mais, le miracle arrive souvent sur le file du bouclage. Les choses se compliquent quand SarkoFillon impose à leurs secrétaires d'Etat de passer par les cases à la fois ministérielle et Matignone. Ainsi, une interview d'Anne-Marie Idrac, la secrétaire d'Etat au commerce extérieure, récemment parue dans un quotidien national, a fait un marathon record. Après relecture par le dir'com et les conseillers de la secrétaire d'Etat, l'interview a atteri dans le cabinet de Christine Lagarde, la dame de Bercy (le ministère de tutelle),avant de transiter par Matignon, puis d'être lue et "validée" par l'intéressée herself : Idrac. Ca n'aurait pas pu suffire ?

mercredi 21 janvier 2009

L'opposition boutée hors de radio France

Extrait de l'édifiante interview de Jean-Paul Gluzel,le pdg de France Inter sur lepoint.fr (15/01)

Lepoint.fr : France Inter a souvent été critiquée pour être une station trop résolument favorable à la gauche. Pensez-vous avoir réussi à la rééquilibrer ?


J.-P. C. : La nouvelle réglementation* des temps de parole politique mis en place par le CSA a, au moins, un avantage : elle accorde au gouvernement et à la majorité les deux tiers du temps de parole. Donc, par définition, l'opposition est réduite à un tiers.

Explication* : Même hors période électorale, le temps de parole à l'antenne va désormais se partager ainsi : 1/3 gouvernement, 1/3 majorité gouvernementale et 1/3 opposition. Les interventions quotidiennes de Sarkozy, censé incarner une Présidence de la République au dessus des partis, ne sont, elles, pas décomptées. Vue la volubilité de notre omniprésident, le temps d'antenne de la majorité peut donc atteindre facilement 80 % ! Poutine et Berlu font-ils beaucoup mieux ?

lundi 5 janvier 2009

La presse d'aujourdhui, meilleure qu'hier ?

Philippe Madelin, journaliste blogger

La presse est-elle meilleure aujourd’hui qu’hier ? Cette question m’est souvent posée par de jeunes journalistes, à qui je donne des cours.
Franchement, la presse ne me paraît pas pire que “dans mon temps”. Et même plutôt meilleure. Dans les années 1960, les journaux étaient paradoxalement moins nombreux qu’aujourd’hui si on tient compte de la prolifération des périodiques, radios, chaînes de télé, et surtout de l’énorme masse des sites internet.

La présentation autorisée par les techniques graphiques issues des programmes X.Press et autres est incomparable : allez regarder Le Monde de 1960 et celui d’aujourd’hui, vous mesurerez le chemin parcouru. La richesse du contenu n’est pas davantage comparable. Ouvrez le site du New York Times : il vous faudra du temps pour prendre connaissance des seuls grands chapitres dz la page d’accueil. Même les plus petits journaux peuvent étaler une immense gamme d’informations, voire permettre l’accès à leurs archives sur plusieurs années.

Pour autant, la qualité intrinsèque de l’information est-elle meilleure ? Oui, dans la mesure où les journalistes sont mieux formés, plus compétents, capables d’accéder à un plus grand nombre de sources, banques de données, Google, etc. Une gamme qui tend vers l’infini, même s’il faut manier tout ça avec prudence.

Ce cocorico est toutefois assorti de nombreux bémols : une grande partie de la presse est bridée par des conditions financières de plus en plus drastiques, qui limitent l’élaboration de l’information à des schémas stéréotypés. A un formatage strict. Dans une rédaction ordinaire, un journaliste n'a pas toute la liberté de manoeuvre, qu'il désire. Il sait pour qui il travaille. Et à qui il s'adresse. Le pire ennemi est alors moins la censure (sulfureuse lorsqu'elle est dévoilée) mais l'auto-censure.

Même dans les sites internet, où on a pourtant les coudées plus franches,les journalistes jeunes, et moins jeunes, sont trop souvent des pions interchangeables sur un échiquier dont on ne sollicite guère les facultés mentales. On reste trop souvent sur le mode éditorial - voilà ce que je pense - au détriment de l’investigation et de l’explication en profondeur.

En bref : tout devrait contribuer à rendre la presse infiniment meilleure que naguère, mais les contraintes capitalistiques entraînent trop souvent les quotidiens, les hebdomadaires, les mensuels dans les profondeurs de la médiocrité. Et une grande question se pose : quel est l’avenir réel de la Presse papier ? Cette interrogation fondamentale sous tend les débats organisés dans le cadre des Etats généraux de la presse. D’où sont curieusement exclus les journalistes et les lecteurs. Seul semble compter le point de vue des patrons.

En fait, on peut se demander si l’avenir de l’information ne se situe pas dans la perspective d’une … disparition de la presse telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est-à-dire liée au support matériel papier.Dès aujourd’hui une fraction non négligeable de l’information est diffusée hors presse. Par les sites internet et des blogs. On n’a jamais tant écrit pour le public. Même si la plupart présentent des marques d’un amateurisme (l’information, ça s’apprend aussi), ils sont de plus en plus nombreux à atteindre une qualité professionnelle. Et ils sont très lus, surtout par les jeunes, que ne parviennent plus à attirer les journaux papier.

jeudi 3 juillet 2008

Internet dans l'oeil de mire de l'Elysée

Par Nina Perez

Non content de compter parmi ses amis de nombreux patrons de presse (Lagardère, Arnaud...) et de télévision (Bouygues, Bolloré ...), Nicolas veut remettre de l'ORTF chez la pourtant peu impertinente France Télévision et rêve déjà d'un autre chantier médiatique : s'attaquer au trop libre et irrévérencieux Internet.
La voix judiciaire est l'un des moyens de pression possible, comme le montre l'exemple de rue89. Mercredi matin, les avocats de France3 ont effet adressé un courrier comminatoire à Rue89 pour exiger que leur soient révélées les conditions dans lesquelles le site s'est procuré la vidéo de Nicolas Sarkozy sur le plateau de France3. Celle-ci le montre mal à l'aise, il y menace un salarié qui ne l'avait pas salué ("ça va changer !") et réclame que lui soit posé une question sur la fusillade de Carcassonne.
La vidéo, enregistrée de façon pirate avant le direct, a été visionnée par plus d'un million d'internautes, tous sites confondus et à travers le monde, en 24 heures. Le courrier des avocats exige que soit retirée cette vidéo du site et que soit détruit le document en question." Du jamais vu: un média qui menace un autre média de procès pour révéler ses sources! ", résume Pierre Haski, ex de Libé et fondateur de rue89.
" Généralement, c'est l'Etat qui initie ce genre de démarches qui suscitent la plupart du temps, et à juste titre, des protestations des organisations professionnelles de journalistes. Lorsqu'un média effectue à son tour de telles démarches inquisitrices, on ne peut que s'inquiéter ", ajoute-t-il.
Plusieurs interprétations sont possibles. L'Elysée aurait pu demander à France 3 de tout faire pour retrouver les auteurs et cesser la diffusion de la vidéo. Il est aussi possible que France 3 anticipe les attentes du chef de l'Etat, en pleine discussion sur le financement de la télévision publique. Pour rue89, France3 est soumis, dans ce cadre, à d'intenses pressions de l'UMP et de l'Elysée. Et " reporte clairement cette pression sur Rue89 ".
Quoi qu'il en soit, Internet fascine et inquiète l'Elysée. Une personne est même exclusivement payée pour collecter tout ce qui se dit sur la toile sur Nicolas Sarkozy et son gouvernement. Un article de "Coulisses médiatiques", sur la cocasse conférence de presse hebdomadaire chez Rachida Dati (20 novembre 2007), a même eu l'honneur d'un coup de fil. Malheureusement, le journaliste appelé n'était pas le bon.

dimanche 15 juin 2008

Denis Robert jette l'éponge


" Ce texte est ma dernière intervention publique à propos de Clearstream. J’ai pris la décision de refuser toute interview liée à la chambre de compensation luxembourgeoise et de ne plus l’évoquer sur Internet, dans les journaux, à la radio, à la télévision. Cette décision est douloureuse mais réfléchie. Je la prends après ma lourde et incroyable condamnation pour diffamation (pour un montant de 12500 euros) par le tribunal de Bordeaux suite à des propos vieux de deux ans et plutôt modérés sur le fonctionnement de cette multinationale qui officie dans plus de cent pays, dont quarante paradis fiscaux. (...) Je jette l’éponge. C’est une victoire de Clearstream,de ses avocats, de ses juristes, de ses dirigeants, des banquiers de son conseil d’administration. Une victoire de la censure "
, écrit Denis Robert sur son blog ladominationdumonde.
" J’ai réalisé une enquête de première main, avec des dizaines de témoins différents. Huit ans de ma vie. Nous avons remporté de belles victoires, repoussé plusieurs dizaines d’assauts (judiciaires) de banques russes, luxembourgeoises ou de Clearstream devant les tribunaux français, belges, canadiens, suisses et même à Gibraltar. Mais ce n’est plus possible. Ma confiance envers la justice et les hommes qui ont à juger de mes écrits s’est émoussée. (...) Aujourd’hui en expliquant que des clients douteux se servent de Clearstream comme "d’un poumon à la finance parallèle" , je prends le risque d’être poursuivi. Et condamné. Alors que je peux prouver que des milliers de comptes sont ouverts chez Clearstream dans des paradis fiscaux qui abritent des milliards d’euros. C’est injuste. C’est ainsi."

Pendant vingt ans, Denis Robert a mis le projecteur sur l'économie de l'ombre, celle de l'argent sale, qui prolifère à travers les paradis fiscaux et menace aujourd'hui aussi bien le capitalisme que les démocraties. Rappelons que les 72 paradis fiscaux abritent, selon l'ONG TaxJustice network, 11 500 milliards de dollars,
(7 500 milliards d'euros), de quoi résoudre bien des problèmes sur terre. D'autant que ces places offshore se nourrissent en grande partie de l'évasion fiscale, de la corruption et de la criminalité organisée. Qui connaissait, avant les livres de Denis Robert, l'existence de Cleastream, l'une des principales chambre de compensation des transactions financières transfrontières (avec la belge Euroclear Bank et Clearnet à Paris et Londres) ? Si ces organismes ne produisent pas en tant que tel de l'argent sale, elles sont des véhicules empruntés par ceux qui ont besoin de le faire circuler.
La prise de conscience du rôle et des moyens (les transactions y sont informatisées, et donc traçées) de ces chambres de compensation pourraient permettre de lutter avec plus d'efficacité contre l'argent sale. Voire de mettre facilement en place un système de taxation des transactions financières.
Mais quels gouvervenements et quelles entreprises ou banques (qui en sont des utilisateurs) auraient intérêt à ce que l'on arrive à un tel niveau de transparence ?

La fragile indépendance de l'AFP (2)


Après s'être attaqué à la télévision (étouffement financier annoncé pour France Télévision, enrichissment par la publicité des chaînes de ses amis Bouygues et Bolloré, etc.), qui constitue l'unique source d'"information" pour une grande majorité des Français, les hommes de Sarkozy vont-ils s'en prendre à l'AFP, dont les dépêches abreuvent radios, journaux et internet ?

On pourrait y voir une tentative dans la récente proposition de Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, de créer une sorte de " fil" AFP dédié aux communiqués des partis politiques. Une réponse faite à Frédéric Lefebvre, député UMP des Hauts-de-Seine, proche de Sarkozy, qui n'avait pas du tout apprécié que l'AFP ne mette pas illico en ligne sa réaction à la condamnation de Ségolène Royal (à verser des salaires à d’anciens collaborateurs, qui la poursuivaient en justice).
Jusqu'ici Pierre Louette, pdg de l'AFP, semble faire barrage aux attaques, des rangs de l'UMP, contre son agence. Cet énarque a pourtant travaillé au cabinet d' Edouard Balladur à Matignon entre 1993 et 1995 quand un certain Sarkozy était ministre du Budget et porte-parole du gouvernement. Mais si les deux hommes se connaissent, ils ne s'aiment guère. "Dans les couloirs de l’AFP, certains pensent que Super Sarko veut virer Louette, qu’il juge trop peu docile, pour placer un de ses proches. Jean-Pierre Elkabbach, Jean-Marie Cavada, Nicolas Beytout, Arlette Chabot, pourraient très bien diriger l’AFP, avec compétence et indépendance, cela va de soit", pointent des syndicalistes de l'agence.
Créée à la Libération, l'AFP, qui compte 2000 salariés (dont 1200 journalistes) dans le monde, revendique l'indépendance et l'impartialité de sa ligne éditoriale. Son statut lui interdit ainsi d'être directement financé par l'Etat. Seulement, l'Etat français est traditionnellement son premier client puisque 40% de son chiffre d'affaires provient des abonnements de services publics (aux ministères, préfectures, ambassades, etc).
En tant que premier client et membre du conseil d'administration, le représentant du gouvernement français contribue à la fixation du prix de l'abonnement ... au gré des moyens qu'ils souhaitent allouer à l'agence. Il oriente aussi des décisions non anodines telles que la renégociation du plan stratégique de l'agence ou du bail de l'AFP, place de la Bourse. Un emplacement stratégique, au coeur de Paris, qui lui permet de réagir au plus vite au moindre événement. Et de conserver sa place de troisième agence de presse mondiale. A condition de continuer à en avoir les moyens.

jeudi 29 mai 2008

AFP : à consommer avec modération ! (1)

L'AFP est à la fois la meilleure amie et la pire ennemie du journaliste. Les dépêches de l'agence, qui arrivent en permanence sur les écrans des rédactions abonnées, rendent de grands services. Elles alertent de la survenance d'un événement, de l'évolution d'une actualité ou de la réaction de tel groupement face à une actualité. Ces informations sont généralement vérifiées et recoupées par les journalistes de l'AFP, considérée comme l'une des meilleures agence de presse du monde avec l'américaine Reuters.
Cette crédibilité est un atout. Il permet, le matin, de préparer le contenu du journal, et, de le faire évoluer au fil de la journée. Le journaliste, qui se doit de mener l'enquête de son côté, pourra compléter son papier, au moment du bouclage, avec des informations récentes obtenues par l'AFP. Politiques, associations, ONG, entreprises, syndicats ... connaissent le " système médiatique " et savent qu'il est beaucoup plus efficace de contacter d'abord l'AFP pour faire part d'une information, plutôt que les différentes rédactions.
Si l'AFP choisit de diffuser l'information (qu'elle a donc distingué d'une communication, n'apportant rien au débat), celle-ci est en quelque sorte "adoubée". Les chefs de service et rédacteurs en chef des différentes rédactions la considèrent comme digne d'intérêt, quitte à mettre en doute ou ne pas entendre les réserves de leurs propres journalistes. Quel envoyé spécial ou correspondant régional n'en a pas fait l'expérience ? Sur le terrain, il a récolté de nombreux témoignages, qui lui ont donné l'idée de reportages et d'angles originaux. Exalté, il téléphone à son chef de service, resté, le nez collé à son écran. Et que s'entend-il répondre ? " En regardant les dépêches, j'avais pensé à d'autres sujets, comme ... "
Autre source de conflit : l'intégration, par le chef de service, de copier-coller de dépêche dans les articles de ses journalistes. Au motif qu'il fallait la toute dernière information. Si celle-ci était essentielle, d'accord. Sinon, cela méritait-il de casser le rythme d'un reportage ou d'enlever des éléments de compréhension ou d'analyse à une enquête ? A l'heure d'internet et de l'immédiateté de l'information, cette utilisation faite de l'AFP amplifie l'impression d'uniformisation des médias. Or, la presse écrite est morte si elle n'apporte pas de plus-value (décryptage, reportage, mise en perspective ...) par rapport aux médias chauds, que sont l'audio-visuel et l'internet.

mardi 27 mai 2008

The Sarkoshow must go on !

Il n'y aura pas de décompte du temps de parole du Chef de l'État à la télévision ou à la radio. La majorité UMP a rejeté (à 111 voix contre 57) la proposition de loi socialiste demandant la comptabilisation du temps de parole du président de la République et de ses collaborateurs dans les médias audiovisuels, afin de " garantir le pluralisme du temps de parole dans les médias audiovisuels ". Une telle demande avait déjà été refusée par le CSA, présidé par Michel Boyon, ami de 30 ans de Raffarin.
Le décompte du temps de parole du CSA reste donc régi par la vieille règle des trois tiers (opposition parlementaire / majorité parlementaire / exécutif), dont est exclu l'omniprésident. Avant lui, la parole présidentielle était rare. Mis à part pour Chirac lors du référendum sur la Constitution européenne, personne n'avait jugé bon de remettre en cause cette règle.
Dans une récente enquête, l'INA a comptabilisé 224 passages présidentiels aux JT de TF1 et France 2 de mai à août 2007. A titre de comparaison, Jacques Chirac, sur la même période en 1995, n'était apparu qu'à... 94 reprises. "Aujourd'hui, l'expression en faveur de l'UMP, président de la République et collaborateurs compris, a augmenté de 256 % sur TF1 et 196 % sur France 2 ", dénonce le député PS Arnaud de Montebourg, citant des chiffres du CSA. Les socialistes sont "inaudibles" car ils sont "au pain sec et à l'eau médiatiques", en concluait-il dans un entretien au Journal du Dimanche.
Reste que la surmédiatisation de l'Hôte de l'Elysée, qui a d'ailleurs provoqué sa chute dans les sondages, gêne aussi à droite. Parmi les propositions de la commission Balladur figurait la comptabilisation du temps de parole du président de la République dans le tiers accordé à l’exécutif. Par ailleurs, près du tiers des députés UMP présents (57 sur 168) n'ont pas rejeté la proposition socialiste.
Outre une question de légitimité médiatique, le temps d'antenne n'étant pas extensif (et Sarko faisant souvent la une des JT, avec un sujet pouvant durer 10 mn), une telle prise en compte aurait eu la vertu de rassurer les journalistes et les téléspectateurs de France Télévision, sur les intentions de l'Elysée à leur égard.
Pour l'heure, si la disparition de la publicité a été planifiée dans le temps, la commission Copé n'a toujours pas trouvé de sources de financement crédibles. Proposera-t-elle une hausse de la redevance, ainsi que du temps d'antenne (infini, donc) de Sarkozy ?

lundi 14 avril 2008

La colère n'a pas fini de monter dans les rédactions

La grève des journalistes du Monde n'est ni la première ni la dernière. C'est toute une profession, qui a aujourd'hui le couteau sous la gorge. Individualiste, habituée à être témoin et non acteur des événements, elle n'a pas senti l'étau de reserrer.
Les difficultés économiques, les plans sociaux, la folie des grandeurs de dirigeants sans vergogne, leurs salaires démesurément élevés, la précarisation, le stress, les lendemains incertains ... Tous les sujets, omniprésents dans les pages économiques des quotidiens, concernent désormais directement cette profession, qui n'est certes pas exempte, de critiques (certaine arrogance, connivence, déconnection des soucis des classes populaires, etc.)
Pour la première fois de leur histoire, les salariés du Monde ont donc fait grève aujourd'hui contre le projet de la direction de supprimer 130 emplois au quotidien, dont un quart à la rédaction (85 à 90 journalistes), ainsi que différents titres du groupe, comprenant les mythiques Cahiers du cinéma.
Les journalistes du Monde s'attendaient à des mesures drastiques pour redresser leur titre, confronté à sept exercices consécutifs de pertes et à un lourd endettement, mais ils refusent que les suppressions d'emplois se fassent, comme cela est envisagé, par des départs contraints et exigent l'abandon des projets de cession de magazines (Danser, Les Cahiers ...).
Ces titres n'avaient pas été demandés à être rachetés par Le Monde lors de la "course en avant" orchestrée par l'ex président du Conseil d'administration Alain Minc, l'un des conseillers de Sarkozy (On lui doit la télé publique sans pub ... et sans sous). Pas plus que les salariés du Monde n'avaient souhaité déménager dans les luxueux locaux du bd Blanqui, loués 8 millions d'euros par an.
Les journalistes s'interrogent sur les conséquences de ce plan sur la qualité du Monde, alors que, selon les syndicats, le projet éditorial de la direction "tient en trois phrases" autour du constat que le "lecteur urbain s'intéresse essentiellement à l'économie, à la géopolitique et à l'environnement".
La qualité est aussi au coeur des préoccupations des salariés du groupe catholique Bayard (La Croix, Le Pélerin, Okapi, Pomme d'Api, etc.), dont les effectifs sont passés en quelques mois de plus de 1000 à moins de 900. Plans sociaux et perspectives d'un déménagement à Montrouge (dans des locaux prévus pour à peine plus de 800 salariés) ont conduit à cette fonte des effectifs, " à charge de travail équivalente, et même supérieure, du fait des départs non remplacés et de ce qui est demandé en plus sur le net", précise une déléguée syndicale SNJ.

mercredi 2 avril 2008

L'information suspendue à la pub

A ceux qui ne jurent que par la gratuité, quelques chiffres à méditer.
Aux Etats-Unis, le marché publicitaire s'est fortement ralenti en 2007.
Selon, le « Newspaper association of America », les dépenses des annonceurs dans les journaux américains ont chuté de 9,4% en 2007, atteignant 44,2 milliards de dollars, contre 44,2 un an plus tôt. On parle, outre-Atlantique, de la plus importante baisse enregistrée dans le pays depuis 57 ans ...
Dans le détail, la presse quotidienne est la plus touchée, enregistrant des baisses de plus de 7%, suivi par les télévisions (-1,5% à – 5,1%) et les réseaux de radios nationaux (-3,9%). Certes, une partie des annonceurs a simplement reporté leur budget sur le Net, qui a encore connu une forte croissance (+18,9%) cette année. Cette hausse est cependant moins importante qu'en 2006 et le Net représente seulement 7% de la pub.
Depuis l'été, la menace d'une récession économique a conduit les annonceurs à faire des coupes dans leurs budgets. Comme à l'accoutumée, celui de la pub a été l'un des premiers sacrifiés. Ainsi, les dix premiers groupes américains ont réduit leurs dépenses publicitaires de 4%, à 17,9 milliards, l'an dernier, la palme revenant à General Motors, avec une baisse de 12%.
Faire dépendre l'information de la seule publicité, c'est risquer de faire disparaître un pilier de la démocratie. Et d'entrer dans l'ère de la seule communication. Mais n'est ce pas le rêve secret des politiques et des multinationales qui nous gouvernent ?

samedi 22 mars 2008

Voyages de presse : y aller ou pas ?

Régulièrement, les journalistes reçoivent des invitations d'entreprises, d'institutions privées ou publiques, voire de ministères.
Doivent-ils les accepter ? Dans un monde idéal, où la presse aurait les moyens d'assurer son indépendance et de financer le moindre déplacement de ses journalistes, la réponse serait bien entendue négative. Mais la crise de la presse, qui s'est intensifiée avec l'idéologie de la gratuité (Internet, journaux gratuits), a eu comme conséquence de réduire encore le budget pour les reportages.
De moins en moins fréquentes sont les occasions pour un journaliste de partir en reportage plus de deux jours en France ou cinq à l'étranger, aux seuls frais de la rédaction et en montant de A à Z ses reportages. Cela arrive plusieurs fois par an, dans la limite du budget de reportage annuel alloué au service. Certains médias sont mieux lotis budgétairement, comme Le Figaro, Paris Match ou les équipes de télé TF1. Pour les autres, c'est souvent serrage de ceinture, économies et système D.
Dans ce fameux système D, il y a le voyage de presse. " Si c'est gratuit, OK ! ", réagit souvent un chef de service à qui on fait part d'une invitation reçue, potentiellement intéressante. Que peut-il précisément faire son intérêt ? La rareté de l'occasion (visiter une industrie de l'intérieur), l'originalité du sujet (le Slow movement, le mouvement de la lenteur), le carnet d'adresse à glaner (des chefs d'entreprises, ordinairement peu acceptibles, ou les super conseillers des ministères, qui suivent les dossiers au jour le jour).Le journaliste doit évidemment toujours se demander pourquoi on l'invite et ce qu'on attend de lui. Sachant que les contre-parties sont rarement évoquées au préalable. L'invitant rêve bien-sûr d'un article élogieux en échange. Mais il n'est pas dupe. Travaillant sur le long terme, il recherche surtout à établir une relation de sympathie, donc de connivence, avec le journaliste, espérant, en cas de coup dur, de pouvoir bénéficier de sa comppréhension ou de son empathie.Conscient de ce que l'on attend de lui, il appartient au journaliste d'établir la bonne distance, de prendre sans promettre de donner. " Le journaliste, c'est le contact et la distance", disait Hubert Beuve-Méry, le fondateur du journal le Monde.

jeudi 6 mars 2008

Commentaires sur internet, dernier espace de liberté

Par Philippe Madelin, écrivain d'investigation

Les autorités politiques chinoises ne s’y sont pas trompées : la circulation des idées par Internet est dangereuse. Mais le danger n’est pas toujours là où on le croit. Ce sont moins pas les sites organisés ou les blogs qui le sont, que les flots de commentaires qui les accompagnent. Chaque article « en ligne » provoque des dizaines, parfois des centaines de "réactions". De vrais dialogues s’amorcent, qui se poursuivent parfois d’un article à l’autre.
Une expérience récente m’a permis de mesurer cet « effet commentaire », fulgurant, sur un reportage, diffusé par le site rue89, sur une expérience de coopération dans le domaine éducative menée à Niamey au Niger. Sur 230 élèves, 64 sont pris en charge par des parrains, qui versent chacun 200 € par an et par élève pendant six ans. Ce n’est pas énorme, mais suffisant pour couvrir les frais de scolarité d’enfants totalement démunis. Dans l'article, j’oppose cette entreprise sympathique à d'autres actions de coopération douteuses, fleurant bon le néo-colonialisme. Je vise, on l’a compris, l’affaire de l’Arche de Zoë.
Aïe, aïe… Je n’imaginais pas le virulence des réactions. Je me suis vu traiter d’agent infiltré des RG, d’espion, de bobo béat et bêtifiant. En gros, me voici devenu un agent du capitalisme souterrain, exploitant ces braves Africains. Je cite : « Cette article sirupeux et hypocrite pondu par un soit disant journaliste d'investigation ne prend même pas la peine de relever non plus que les "Amis de Bassatia" ( avec faute dans le nom ) sont sponsorisés par le Rotary Club de Saintes, par le groupe Total, par Dior et j'en passe. »
Ça c’est le côté négatif des réactions : les lecteurs lisent les papiers en diagonal, réagissent à côté de la plaque, plus soucieux d’exprimer des idées parfois malveillantes que d’entrer dans la discussion.
A l’inverse, même quand ils sont critiques, d’autres correspondants saisissent l’occasion pour ouvrir le débat sur la coopération culturelle. Quelle peut être la nature de cette coopération ? Comment peut-elle se déployer ? " Est ce que les africains, dans toute leurs diversités et pour justement s'en sortir, ont intérêt à faire l'économie d'aide au développement même si elle est teintée de bon sentiment ?", demande un second internaute.
L’amorce de ce débat par réactions interposées démontre s’il le fallait l’intérêt majeur des communications internet : elles sont immédiates, spontanées, souvent pertinentes. C’est un nouveau monde à explorer. Certains sites commencent même à stocker les réactions pour en analyser la teneur et la portée. Mon papier a déclenché un deuxième effet, inattendu, voir stupéfiant. Comme j’y évoquais de façon incidente l’affaire « Arche de Zoë », certains internautes se sont précipités sur cet aspect comme la pauvreté sur le monde. Ils m’ont transmis un certain nombre d’informations à propos de l’équipe qui a animé cette déplorable initiatives, pas vraiment signifiantes pour eux. Or il se trouve qu’elle m’ont permis d’établir de façon formelle la collusion manifeste entre les instances supérieures de l’UMP, un ministre en exercice et ses conseillers médicaux, et l’équipe de l’Arche. Ce qui m’a conduit à trouver la clé de l’engagement mystérieur et apparemment aberrant du Président Sarkozy, l’incitant à aller chercher lui-même au Tchad les animateurs de l’Arche arrêtés par les autorités tchadiennes ! Le Président est parti récupérer des proches ...